
De tous les épisodes de “Lost” depuis le début, soit près de 80 , celui d’hier soir, le 10ème de la saison 4, “Something nice back home”, était encore plus fascinant. Au futur (conditionnel ?), Jack & Kate sont enfin ensemble, Kate est sexy comme jamais, toute en tanga ou string rouge par terre, Jack a l’air super impressionnant à nouveau comme médecin, et puis il y a Aaron , son neveu (mais le sait-il?), qui a vachement grandi, et tout ça est très beau- something nice, vraiment…trop beau pour être vrai? À un moment, Jack lit une histoire à Aaron pour s’endormir, sous les yeux trop attendris de Kate: “Alice in Wonderland” bien sûr, ce passage où Alice est coincée, pas à la bonne taille, entre le monde réel et Wonderland… et alors, tout se déglingue dans ce futur trop parfait, doutes, jalousie, un peu comme dans “Mulholland Dr.” (un beau jour je vous raconterai l’histoire de cette magnifique série en 6 saisons qu’aurait pu être “Mulholland”, ce mix rêvé entre “Lost” et “Twin Peaks”) quand les filles entendent le fameux “No hay banda ” et la fille qui chante “Crying” en espagnol, “Llorando”… et le passage avec Hurley est très révélateur, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce monde de rêve, et les fous furieux derrière “Lost” n’ont cette fois pas besoin de monstre de fumée noire pour rendre une scène étrangement inquiètante: juste le visage fabuleux de Matthew Fox, un détecteur de fumée qui se déclenche sans raison, et un personnage qui ne devrait pas être là dans un fauteuil, dans un coin de l’écran.
Chez Lynch, dans “Twin Peaks”, c’était déjà ça, la grande leçon du cinéma fantastique: pas besoin d’effet spécial, de monstre, de sang, de dents pointus: autopsie de Laura Palmer, on commence à tourner, et puis il y a un accessoire qui déconne, juste le néon de la salle d’autopsie qui clignote, peut-être mal fixé, ou au bord de rendre l’âme- génie de Lynch qui de ne pas retourner la scène avec un néon neuf- et plus loin, juste un plan de coupe sur la chambre si vide de Laura, Lynch est derrière la caméra, et il voit ce technicien, un quelconque accessoiriste, qui tente tant bien que mal de se cacher derrière le lit parce que “ça tourne”, et là encore Lynch se dit : “et si je gardais ce type avec ces longs cheveux gris et cet air vicieux dans ce plan, comme ça, sans raison, comme une apparition”.- naissance, authentique , du personnage de “Bob”, le bad guy ultime planqué derrière le miroir (through the looking glass, diraient les auteurs de “Lost”),interprété par un acteur non professionnel, juste un accessoiriste !
Dans la saison 1 de “Lost”, il y a cet épisode, “White rabbit” bien sûr, centré sur Jack, ses relations difficiles avec son père dans les flashbacks, et cette grotte qu’il trouve sur l’île, avec cette sépulture, un couple enterré là, et si on les appelait Adam et Eve, et ce père, si mort, si présent, qui n’est plus dans son cercueil, et qui se balade, entre les épisodes, au passé, au présent, au futur, parlant au chien, faisant des enfants, personnage rare mais semble-t-il oh combien important…