“Je vis dans un monde de cris et de chuchotements. De durs et de doux. C’est un monde très beau à sa façon…“
Toujours un grand plaisir de se replonger dans une aventure de Daredevil, le justicier aveugle, Man Without Fear. Celui qui se bat en Converse All Star rouges. L’incarnation, peut-être encore plus que Batman ou Spider-Man, du justicier urbain. Et cette aventure là, “Elektra lives again”, qui date de 1990, est une de plus fascinantes. Retour aux affaires de Frank Miller, qui s’était révélé, bien avant “Sin City”, “The Dark Knight Returns” ou “300″, avec un long run sur la série au début des années 80. Scénario réduit à sa plus simple expression: un homme, une femme, un amour impossible, un Deus Ex Machina machiavélique mais ô combien humain lui aussi, et un tueur à gage sans foi ni loi. Des dessins à couper le souffle, comme des esquisses sanglantes et légères comme un acrobate qui a trop frôlé la mort, et qui ont marqué à jamais l’enfant que j’étais alors, au détour des pages d’un Strange.
Dans ce graphic novel, Miller, avec l’aide de la coloriste Lynn Varley, se surpasse. Un Manhattan désolé, neigeux, froid comme un tombeau. “En bas de la rue une petite fille chante Noël pour moi tout seul… Au septième d’un immeuble lointain, une siamoise est en chaleur et hurle à qui veut l’entendre… Sur Lexington une roue de camion fonce dans une flaque de neige sale fondue… Une dame maudit le camion. Quelqu’un marche sur mon toit.” Miller sublime les caractéristiques- sens hyper-développés, adresse d’acrobate trompe-la-mort- du justicier en rouge, le ramène vers sa plus belle histoire- la mort d’Elektra, l’assassin dont il est amoureux- dans des planches larges, aérées, et pourtant d’une froideur intense. Chef-d’oeuvre, sans hésiter.