fête du cinéma

fête du cinéma en début de semaine- vu quelques film, avec quelque moments très beaux/poétiques/pop qui valaient le coup d’oeil, et beaucoup de concepts passionnants : le regard de “Juno”, et la voix d’Ellen Page & Michael Cerra reprenant en duo amoureux teen fabuleux le “Anyone else but you” des Moldy Peaches; un trou fabuleusement philo dans le thorax de Robert Downey, Jr. dans “Iron Man”; Daniel Auteuil phagocyté par Alain Chabat dans le très drôle “La personne aux deux personnes”, et les lunettes de Marina Foïs dans le même film; une chanson des Kinks dans le très très cool et désinvolte “Darjeeling Limited”, et une autre, cela va de soi, dans sa petite soeur “Juno”; la moustache de Jason Schwartzmann, très Tom Selleck, les yeux tristes d’Adrien Brody, toujours dans “Darjeeling”; les ellipses pleines de romanesques du même film, son intro parisienne tellement nouvelle vague, le cul de Nathalie Portman et les yeux d’une belle Indienne par la fenêtre d’un train de nuit; Paris en terrain de jeux dans l’amusant mais un peu sec “Seuls two” d’Eric & Ramzy; les zombies trop conceptuels et pas assez viscéraux du décevant “Diary of the dead”; une silhouette fantômatique de femme dévcharnée et réellement flippante à la toute fin de “Rec”. un beau cru, donc.
Happening

Vu hier soir le nouveau M. Night Shyamalan, “The happening”- pas son meilleur film, mais ça reste 100 coudées au-dessus de la production courante- et il a besoin d’être défendu, après l’échec injustifié de “Lady in the water”, son plus beau film, mal-aimé, incompris…
Grosse influence hitchockienne encore, “The birds” bien sûr, mais aussi un peu “Psycho” – même plans très secs, ultra-découpés, même utilisation (rarissime par les temps numériques qui courent) du hors-champ flippant, même humour pince-sans-rire, mêmes métaphores psycho-sexuelles sur le puritanisme américain, qui semble décidément beaucoup amuser Shyamalan, en grand moraliste qu’il est…
la veine Spielberg est aussi de vigueur, le film revendique clairement sa parenté avec les films des années 70 (“Duel” et sa peur du vide, “Jaws” et ses brusques sautes de violence, “Close encounters of the third kind” pour sa parabole un brin moralisatrice) mais on pense surtout aux Spielberg récents, qui filme la catastrophe et le “morning after”: “A.I.”, et bien sûr “War of the worlds”. Shyamalan continue le portrait de l’Amérique post-11 septembre, entamé avec “Unbreakable”, “Signs” et “The village”.
visuellement, c’est très série B, très 50s-60s, très différent des productions léchées des derniers films de l’auteur de “The sixth sense”. Encore beaucoup de réflexions sur le sens des images, le regard détourné, l’écran qui fausse tout (une vidéo pourrave d’aliens et un reflet sur un écran de tv dans “Signs”, du youtube sur un écran d’iPhone ici)…
bref c’est passionnant, assez flippant, parfois un peu facile et moralisateur,toujours trop court (défaut majeur des derniers Shyamalan, qu’on rêve de voir décoller vraiment dans une série TV griffée, comme Lynch en son temps avec “Twin Peaks”), mais à voir , vraiment.
ps: un lien wiki, forcément contestable, sur ce qui constitue le point de départ du film: la mystérieuse mais hélas bien réelle disparition des abeilles dans certains états américains…
http://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_d’effondrement_des_colonies_d’abeilles
dawn

il y a toujours une poésie incroyable dans le cinéma de Philippe Garrel, qui transpire de la moindre image- des fantômes aussi- le rock, Mai, les femmes, Nico, les guitares, les voitures italiennes, l’addiction, et l’amour, convulsivement
en laissant Margot…

tombé par hasard ce soir sur le “Conte d’été” de Rohmer, les dernières secondes émouvantes; ce film est comme un totem pour moi, tellement, à un moment de ma vie, vers 25 ans, et parfois encore aujourd’hui je me sens proche du personnage principal, interprété par le subtil Melvil Poupaud
je connais ce film par coeur, et ce film bavard il m’est arrivé de le regarder sans le son, et c’est magnifique aussi tant il se dit de choses sans parler, juste un regard volé croisé, un sourire timide
film-flirt (Rohmer détesterait ce mot, flirt), grave & léger…ou plutôt: léger, mais grave…
et que Margot est belle, la revenante Amanda Langlet découverte adolescente par Rohmer dans un autre beau film d’été, “Pauline à la plage”
ps: pour les étourdis, les retardataires, universitaires, demandeurs d’emploi & autres glandeurs, il y a une séance de rattrapage lundi à 15h, sur Arte of course
under the sycamore trees
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“Twin Peaks”, en dvd, enfin… du moins la saison 1; j’en avais fini par user mes vieilles vhs, très chouettes cela-dit puisque l’intégrale rangée dans la bibliothèque dessinait la mythique pancarte “welcome to twin peaks”; et, grande nouvelle, on peut enfin revoir le Graal, à savoir le pilote, jamais édité en vhs!
alors, pour les plus jeunes , pour tous ceux qui n’ont jamais plongé dans les arcanes de “twin peaks”, ses mystères, ses journées lumineusement drôles et ironiques qui ont visiblement traumatisées les auteurs de “desperate housewives” et des “sopranos”, et ses nuits surtout, ses authentiques nuits en pleine forêt qui ne ressemblent à rien de connu avant ou après à la tv (même si “lost”…), cette terreur, cette magie noire, cet ésotérisme que lynch étrenne là, vrai tournant dans l’oeuvre de quelqu’un qui, avant le plus beau pilote de l’histoire de la télévision, n’avait fait que 4 films.
ce pilote n’a pas pris une ride, il reste d’une efficacité à faire rougir tous les scénristes contemporains; un sens de l’ellipse hallucinant, une beauté plastique incroyable, merde je vais arrêter les adjectifs parce que c’est vraiment vain à décrire
le visage inquiet d’une chinoise devant son miroir
laura palmer les yeux à jamais fermés dans un bleu hypnotique
la terreur sans nom dans les yeux d’une mère qui aperçoit un inconnu dans la chambre de sa fille morte
un couloir de high school qui devient inquiètant par la seule grâce d’un travelling
un père qui comprend d’un regard que sa fille n’est plus
un hibou dans la nuit noire
le balancement inquiètant d’un feu de croisement en pleine forêt
le tout enrobé de scènes loufoques, comme si susan mayer s’était échoué sur l’île de “lost”, parce que lynch aime bien se compliquer la tâche
un nain qui parle à l’envers
une bûche qui sait plein de choses
mais pas autant qu’un mainate
un room service très très lent
fox mulder grimé en femme
le visage de sheryl lee, en blonde ou en brune, sublime
kyle mclachlan devant son miroir, tout au bout d’un dernier épisode abstrait et suicidaire
c’est “twin peaks”, ce n’est pas de la télévision, c’est du cinéma, et du grand
demoiselle
“La demoiselle d’honneur” cette nuit sur France2- un beau Chabrol, lumière hivernale & turpitudes provinciales- le film décolle dans toutes les scènes avec la très belle Laura Smet, Chabrol s’attarde beaucoup sur son visage, son profil, à la “Vertigo”- voià ce que je demande dans un film, une certaine élégance visuelle, et une façon de filmer les corps & les visages féminins…