relectures: “Elektra: le retour”

Je vis dans un monde de cris et de chuchotements. De durs et de doux. C’est un monde très beau à sa façon…

Toujours un grand plaisir de se replonger dans une aventure de Daredevil, le justicier aveugle, Man Without Fear. Celui qui se bat en Converse All Star rouges. L’incarnation, peut-être encore plus que Batman ou Spider-Man, du justicier urbain. Et cette aventure là, “Elektra lives again”,  qui date de 1990, est une de plus fascinantes. Retour aux affaires de Frank Miller, qui s’était révélé, bien avant “Sin City”, “The Dark Knight Returns” ou “300″, avec un long run sur la série au début des années 80. Scénario réduit à sa plus simple expression: un homme, une femme, un amour impossible, un Deus Ex Machina machiavélique mais ô combien humain lui aussi, et un tueur à gage sans foi ni loi. Des dessins à couper le souffle, comme des esquisses sanglantes et légères comme un acrobate qui a trop frôlé la mort, et qui ont marqué à jamais l’enfant que j’étais alors, au détour des pages d’un Strange.
Dans ce graphic novel, Miller, avec l’aide de la coloriste Lynn Varley, se surpasse. Un Manhattan désolé, neigeux, froid comme un tombeau. “En bas de la rue une petite fille chante Noël pour moi tout seul… Au septième d’un immeuble lointain, une siamoise est en chaleur et hurle à qui veut l’entendre… Sur Lexington une roue de camion fonce dans une flaque de neige sale fondue… Une dame maudit le camion. Quelqu’un marche sur mon toit.” Miller sublime les caractéristiques- sens hyper-développés, adresse d’acrobate trompe-la-mort- du justicier en rouge, le ramène vers sa plus belle histoire- la mort d’Elektra, l’assassin dont il est amoureux- dans des planches larges, aérées, et pourtant d’une froideur intense. Chef-d’oeuvre, sans hésiter.
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Publié dans: on novembre 24, 2008 at 11:08 Laisser un commentaire

Lecture récente: Les Éternels

Une série de deux comic-books parus en France dans la collection Panini 100% Marvel, “Les Éternels” (“Eternals”) de Neil Gaiman (scénario) et John Romita, Jr. (dessins) est intéressant à plus d’un titre. L’auteur, à qui on doit un de plus beaux comic-book du XXème siècle, la série des “Sandman” (dont le tome 1 est d’ailleurs réédité le mois prochain) ou de passionnants romans de SF comme “Anansi Boys”, se livre en effet à un jeu de reconstruction savant d’une série conçue à l’origine par Jack Kirby dans les années 70. Les Éternels, sous la plume du créateur de quelques figures majeures de la bande-dessinée comme Fantastic Four, les X-Men ou Hulk, étaient des Dieux, assez hiératiques, voire limite pompeux, en tout cas très sérieux comme à peu près tout ce qu’a pu produire Kirby sans son acolyte le scénariste malicieux Stan Lee, qui au contraire cherchait plutôt à parler des hommes derrière les masques dans une optique pop art tout aussi subtile et durable que celle de Warhol, Liechtenstein, Bob Dylan, Phil Spector ou Thomas Pynchon à la même époque.
Gaiman, avec l’aide d’un dessinateur assez classique, digne rejeton de son papa qui donna ses lettres de noblesse au Manhattan de Spider-Man/Peter Parker à la fin des swinging sixties, réactive donc ces “Dieux” assez vieillots, véritable statues tutélaires, et ce de manière littérale: suite à une menace de nature cosmique, les Éternels, qui “dormaient” depuis des siècles dans la peau de différents être humains à l’insu de ceux-ci, se réveillent chacun leur tour. Gaiman s’attache particulièrement à quatre d’entre eux, un ado star de la télé-réalité, un infirmier malchanceux, un homme politique tendance totalitaire et une organisatrice de soirées branchées, ce qui leui permet de décrire une Amérique en déclin, obsédée par la célébrité, le 11 septembre (Gaiman utilise avec subtilité la trame contemporaine des séries Marvel de l’époque, avec sa “Civil War” où le gouvernement somme les surhumains de se faire recenser pour travailler pour l’État), ou des clochards au fin fond d’une backstreet de Manhattan peuvent se révéler être des Dieux en sommeil. Bref, comme dans son passionnant roman “American Gods” il se livre à un exercice de haute voltige sur le parallélisme entre mythologies et super-héros, le besoin contemporain de “héros” à admirer ou à débiner- et pas qu’aux Etats-Unis !- de “héros” ou de célébrités servant d’éxutoires (télé-réalité, succés monumental des séries “Spider-Man” et “Batman”, presse à scandale et émission type “Le petit journal” devenues “hype”). Et Gaiman mets en place des éléments pour aller plus loin dans la suite de la série, sous sa plume ou sous une autre, tant les relations entre chaque Éternels offrent de variations sur le thème de “l’éternel” : retour, amour qui défie le temps, déclin des Empires..
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à noter qu’en ce moment dans les kiosques, au sein de la revue “Marvel Heroes”, on peut lire depuis quelques mois la nouvelle série “Mighty Thor”, ou le scénariste JM Straczinsky se livre à un exercice du même genre: la réactivation, en partant de presque rien- une ville minuscule au fin fond de l’Ouest américain- de l’univers mythologique d’un fameux perso Marvel, le susnommé Thor, “Dieu” Viking du tonnerre- c’est passionnant, drôle, intelligent, et visuellement très beau grâce au frenchy Olivier Coipel.

Publié dans: on at 6:21 Laisser un commentaire

séries comics préférées de ces dernières années…

Publié dans: on novembre 17, 2008 at 2:18 Laisser un commentaire

lectures récentes

d’abord la bio de Dylan par François Bon, aussi personnelle et bien écrite que ses romans ou son précédent biopic sur les Stones- surtout cette bio a été écrite après les fabuleuses “Chronicles” de Dylan lui-même, ce qui lui donne une vision sans doute plus subtile que la moyenne sur les années 80 et la triste perte d’inspiration de l’auteur de “Blonde on blonde”. complétée par le Robert Shelton, d’une précision diabolique sur les années 60 et 70, on a de quoi faire le tour du propriétaire avant de se replonger dans “I’m not there”…

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autre lecture passionnante, le “New wave” coordonné par le regretté Jean-François Bizot, une mine d’or visuelle sur les années post-punk-yuppies, celles de Cure, Depeche Mode, The Face, Easton Ellis… je suis trop jeune pour me recommander comme “new wave”, mais j’ai en moi une part de cette mélancolie post-indus, comme j’imagine Radiohead, les frangins Washowski ou Portishead…

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enfin, dans un registre beaucoup plus léger (quoique), le “Fantastic Four” en français du grand John Byrne, moins incoutournable que son travail sur les “Uncanny X-Men” avec Chris Claremont, mais le dessin de Byrne garde un charme inouï, presque plus sixties que eighties, même si ses histoires ont plutôt mal vieillies- mais j’ai grandi avec ça, comme avec le “Daredevil” de Frank Miller ,autre incoutournable du comic-book Marvel des années 80…

http://www.bedetheque.com/Couvertures/BestOfMarvel5_26082005.jpg

Publié dans: on juillet 23, 2008 at 6:26 Laisser un commentaire

lecture?

très envie de lire ça… :

REVUE DE PRESSE mai 2008

ELLE
SPINOZA, QUEL CINEMA !
C’est écrit par qui ?
Ollivier
Pourriol. Ce jeune agrégé de philo organise depuis trois ans les
séances de Ciné-Philo, où il explique les grands penseurs à l’aide de
films connus. Ça se passe le lundi soir au MK2 Bibliothèque, à Paris,
et ça connaît un succès fou.

Ca parle de quoi ?
«
Cinéphilo », le livre, reprend les cours donnés par Pourriol. Le
résultat est époustouflant. L’auteur arrive, par exemple, à rendre
compréhensible Spinoza, l’un des philosophes les plus compliqués du
monde, en s’appuyant sur des films comme « American Beauty », « Fight
Club » ou « X-Men » !Il montre « comment gagner en joie », un concept
cher à Spinoza, en suivant l’évolution du personnage de Lester dans «
American Beauty ». Il fallait le faire.Mais Pourriol est un grand
pédagogue, un professeur d’un nouveau genre, armé d’un projecteur et
d’une télécommande. C’est pour ça que les élèves de terminale se
précipiteront aux séances de CinéPhilo spécial bac qu’il organise en
mai.

Ca nous apporte quoi ?
Plein de
choses. Car Pourriol a choisi d’illustrer deux penseurs, Descartes et
Spinoza, qui n’ont cessé de réfléchir à notre amélioration morale. Donc
à notre bonheur. Comment devenir soi-même ? Comment s’éloigner des
passions tristes ? Comment passer de « passif » à « actif » ? En
décrivant les passions humaines, ces philosophes ont utilisé un langage
abstrait,très hermétique. Avec ses exemples tirés de blockbusters,
Pourriol donne un poids concret à leur pensée, qui nous paraît tout
d’un coup lumineuse et diablement actuelle. Il n’est pas exagéré de
dire que ce livre est un « traité du bonheur » de première importance.
En tout cas, nous, on le relit sans relâche !

PATRICK WILLIAMS
« Cinéphilo », d’Ollivier Pourriol (Haute Tension-Hachette Littératures, 402 p.).Programme sur http://www.cine-philo.fr/

Publié dans: on juin 25, 2008 at 10:41 Laisser un commentaire