…et le soleil a commencé à décliner, la nuit approchait. il y avait toujours cette musique dans ma tête, cette chanson de My Bloody Valentine, “Come in alone”, cette mélodie violentée, déchirée. ça me rappelait toi. ça me rappelait cette année, nos 20 ans, mauvais âge, mauvaises nouvelles des étoiles, mauvais karma. nous étions beaux et nous avions la musique, la jeunesse semblait éternelle. tu étais belle, tellement belle. je ne me trouvais pas beau, mais avec toi dans mes bras, l’amour qu’on faisait, tout était différent. et quand la nuit tombe, quand il fait sombre, je me souviens. ces années ont fait de moi un vampire de sentiments, je cherche à retrouver, vertigo…
1993
il y avait du monde devant les pierres que le jour déclinant teintait de rose & d’orange. port de la lune. ballet des voitures & des bus place de la victoire. année universitaire terminée. je me sens perdu dans cette foule, à t’attendre. tu ne le sais pas encore, mais à la fin de cette nuit nous serons amants. cette nuit sera intense, habillée de velours pourpre, de cordes, de la voix enfumée d’Hope Sandoval, d’une odeur de martini et de pins, de la lune sur la dune, des vagues sombres de l’océan, de néons qui s’éteignent, de feux de croisement qui s’effondrent derrière nous, “there’s no other way”, tu as quelqu’un je sais mais la terre va brûler, parce que je veux être avec toi sinon je vais en crever.
la première que je t’ai vu, c’était en novemre, quelques mois plus tôt. une couloir enfumée de la fac. assis sur une marche à attendre un enseignant. je ne voyais que tes boucles blondes, alors je me suis levé, tu étais comme un Boticcelli, un ange, un côté Solveig Dommartin, et tes grands yeux bleus électriques qui ont fini par croiser les miens…voilà, c’était joué, perdu d’avance. trop belle pour moi. trop de toi dans mes pensées, dès la première nuit. tu ne me regardais pas souvent, mais alors c’est comme si tu me mettais à nu, je ne pouvais plus faire semblant, me la jouer cool.
parce que oui, dans une fac de droit/éco, pas difficile de se la jouer cool. ils écoutent tous Goldman ou Pagny au pire, Lenny Kravitz au mieux. et des tonnes d’eurodance. des sentiments dilués. nirvana? connais pas. alors, avec les stone roses, my bloody, primal scream, morrissey ou pavement dans mes oreilles à me répéter “lève les yeux”, j’ai fini par croire que j’étais cool.
